George Fahmy est l’acteur le plus adulé d’Égypte. Le régime lui fait une offre qu’il ne peut pas refuser. Les Aigles de la République est un thriller politique sur la propagande et le pouvoir. Tarik Saleh signe sur PlayVOD le dernier volet de sa trilogie du Caire.
George Fahmy, un homme qui croyait être intouchable
Dans Les Aigles de la République, George Fahmy a tout pour se croire à l’abri. La célébrité, le charme, une notoriété qui traverse toutes les couches de la société égyptienne. Il est le pharaon des écrans, celui que tout le monde reconnaît et que personne n’ose contrarier. Jusqu’au jour où les autorités lui signifient sans ambiguïté qu’il incarnera le président Al-Sissi dans un film de propagande commandé par le régime. Refuser n’est pas une option.
Tarik Saleh construit son personnage sur une contradiction fondamentale : George Fahmy est quelqu’un qui ne ment jamais, dans un monde où tout repose sur le mensonge. Cette intégrité paradoxale, celle d’un séducteur et fanfaron qui maintient pourtant une honnêteté fondamentale, est ce qui rend son dilemme si puissant. Accepter de jouer Al-Sissi, c’est non seulement se soumettre au régime, c’est trahir la seule chose qui le distingue vraiment de ceux qui l’entourent. Fares Fares habite ce personnage avec une maîtrise que Tarik Saleh lui-même décrit comme la meilleure performance de leur collaboration.

La propagande comme système total
Les Aigles de la République s’inscrit dans une longue tradition de cinéma historique qui interroge la façon dont les régimes autoritaires utilisent la culture pour consolider leur pouvoir. Le film de propagande qu’on contraint George Fahmy à tourner n’est pas seulement une commande politique : c’est un mécanisme de légitimation qui nécessite la complicité active de ceux que le régime veut instrumentaliser. En forçant l’acteur le plus populaire du pays à prêter son visage et son talent à la gloire d’Al-Sissi, le pouvoir s’approprie symboliquement la confiance que le public lui accordait.
Tarik Saleh traite ce mécanisme avec une précision qui rappelle Costa-Gavras, dont l’engagement politique et la maîtrise du thriller nourrissent visiblement son cinéma. La propagande dans le thriller politique n’est pas présentée comme un phénomène exceptionnel : elle est le résultat logique d’un système où la peur et la flatterie coexistent comme deux faces d’une même monnaie. Cette banalité du contrôle est ce qui rend le film durablement troublant.

Un réalisateur qui filme l’Égypte de l’extérieur
Tarik Saleh est suédois d’origine égyptienne, et cette double appartenance nourrit sa trilogie d’un regard qui n’est ni celui de l’intérieur ni celui du touriste. Il filme l’Égypte avec la précision de quelqu’un qui en connaît les mécanismes culturels et politiques, et la distance de quelqu’un qui n’est pas soumis à ses contraintes. Ce positionnement lui permet d’aborder des sujets, la corruption policière dans Le Caire Confidentiel, les arcanes religieux dans La Conspiration du Caire, et la propagande d’État dans Les Aigles de la République, que le cinéma égyptien ne peut pas traiter librement.
Le tournage s’est déroulé en Turquie, notamment à Istanbul, en raison des restrictions imposées au film en Égypte. Cette contrainte de production devient ironiquement cohérente avec le propos du film : Les Aigles de la République parle de la censure et de la propagande depuis un pays où il peut le faire librement, loin des pressions d’une fierté nationale instrumentalisée par le pouvoir. Fares Fares, acteur fétiche de Saleh depuis leur première collaboration, signe selon le réalisateur la meilleure performance de leur parcours commun.
Les personnages face au pouvoir
| Personnage | Position | Choix face au régime |
| George Fahmy | Acteur le plus populaire d’Égypte | Contraint d’accepter, cherche une issue sans se renier |
| Le docteur Mansour | Représentant de la rectitude morale | Résistance intérieure face à la pression idéologique |
| Le général superviseur | Bras armé du régime sur le tournage | Instrument du pouvoir qui surveille et contrôle |
| Donya | Compagne de George | Témoin des compromis de celui qu’elle aime |
| L’épouse du général | Figure ambiguë entre deux mondes | Liaison dangereuse qui complique la position de George |
Tarik Saleh ose ce que peu osent
Les Aigles de la République n’est pas un film confortable. Tarik Saleh a construit un thriller politique qui refuse de séparer clairement les bons des mauvais, les résistants des collaborateurs, et qui montre avec une lucidité rare comment les systèmes politiques fonctionnent précisément parce qu’ils s’appuient sur des gens ordinaires placés dans des situations extraordinaires. Pour les spectateurs qui attendent d’un thriller politique qu’il les dérange autant qu’il les captive, Les Aigles de la République est sur PlayVOD.
FAQ : Les Aigles de la République
Qui est Tarik Saleh, le réalisateur du film ?
Tarik Saleh est un réalisateur suédois d’origine égyptienne, auteur de la trilogie du Caire composée de Le Caire Confidentiel, La Conspiration du Caire et Les Aigles de la République. Son travail est reconnu internationalement pour sa capacité à construire des thrillers politiques ancrés dans des réalités géopolitiques précises avec une maîtrise formelle du genre.
Faut-il avoir vu les deux premiers films pour apprécier celui-ci ?
Non. Les Aigles de la République peut se regarder de façon autonome, les trois films de la trilogie partageant un univers géographique et thématique, mais pas une continuité narrative. Chaque film a son propre protagoniste et sa propre intrigue. Cependant, voir les trois films dans l’ordre enrichit la compréhension de la vision politique et cinématographique de Tarik Saleh sur l’Égypte contemporaine.
Quels thèmes principaux le film aborde-t-il ?
Les Aigles de la République explore la propagande d’État et son instrumentalisation des artistes, le dilemme moral de la résistance face à un régime autoritaire, la façon dont le pouvoir corrompt progressivement ceux qui cherchent à s’en accommoder et la question du rôle de l’art dans les sociétés non libres. Ces thèmes sont portés par un thriller politique rythmé qui maintient la tension sur toute sa durée.
Le film a-t-il été récompensé à Cannes ?
Les Aigles de la République a été présenté en compétition officielle pour la Palme d’or au Festival de Cannes 2025, où il a reçu un accueil critique très favorable. Sans remporter la Palme, sa sélection en compétition officielle confirme la reconnaissance internationale de Tarik Saleh comme l’un des cinéastes les plus importants du thriller politique contemporain.
