Alma Viva : une fillette entre les vivants et les morts

Le film Alma Viva sur PlayVOD

Chaque été, Salomé retrouve son village dans les montagnes portugaises. Cet été-là, sa grand-mère meurt. Alma Viva est un drame portugais qui plonge dans la sorcellerie et le deuil à travers les yeux d’une fillette hantée. Cristèle Alves Meira signe sur PlayVOD un premier film d’une justesse bouleversante.

Salomé, une fillette entre deux mondes

Salomé a l’âge où l’on croit encore à tout sans avoir besoin de l’expliquer. Quand sa grand-mère meurt subitement au début des vacances d’été, elle ne traverse pas le deuil comme les adultes autour d’elle : elle le traverse à sa façon, avec la perméabilité propre à l’enfance, en continuant à sentir la présence de celle qu’elle aimait le plus. Cristèle Alves Meira filme cette expérience avec une franchise qui évite aussi bien le mièvre que le spectaculaire : les apparitions ne sont pas des effets spéciaux, ce sont des états de perception.

La réalisatrice d’Alma Viva s’est inspirée de la mort de sa propre grand-mère pour construire ce récit, et cette origine autobiographique se ressent dans chaque détail. Le village portugais des montagnes où se déroule le film dramatique n’est pas un décor reconstitué : c’est un lieu habité, avec ses lumières particulières, ses odeurs implicites et ses femmes qui portent leurs croyances comme d’autres portent leurs vêtements du dimanche. Cette authenticité de terrain donne au film une dimension presque documentaire qui renforce paradoxalement sa puissance de fable.

Le film Alma Viva sur PlayVOD
Alma Viva impose dès son affiche un regard sur le Portugal rural que le cinéma européen montre rarement avec cette intimité et cette étrangeté mêlées

La sorcellerie comme pratique ordinaire

L’une des décisions les plus fortes d’Alma Viva est de traiter la sorcellerie non pas comme un élément de genre horrifique, mais comme une pratique culturelle ancrée dans la vie quotidienne d’un village portugais du nord. La grand-mère de Salomé est une sorcière baroque au sens anthropologique du terme : une femme qui connaît les herbes, les sorts et les contre-sorts, à qui les voisins viennent demander de l’aide et que d’autres accusent de leurs malheurs. Cette ambivalence, respectée et redoutée simultanément, est au cœur du personnage et du film.

Cristèle Alves Meira s’est nourrie de sa propre enfance pour construire cet univers. Elle a grandi entourée d’histoires de mauvais sorts et de malédictions dans ce Portugal rural où le catholicisme et les croyances pré-chrétiennes coexistent sans se contredire. Cette double appartenance culturelle donne au drama portuguais une texture que ni le fantastique de genre ni le drame social ordinaire n’auraient pu produire : Alma Viva est quelque chose d’autre, un film de terrain habité par le merveilleux sans jamais le revendiquer.

Les adultes qui se déchirent, l’enfant qui veille

Tandis que Salomé tente de maintenir un lien avec l’esprit de sa grand-mère, les adultes autour d’elle s’effondrent dans des conflits d’argent et de préséance autour du corps encore chaud. Cette déchirure familiale, inspirée directement de l’expérience personnelle de Cristèle Alves Meira, est filmée sans indulgence ni caricature. Les oncles et tantes qui se disputent l’héritage ne sont pas des monstres : ce sont des gens ordinaires que la mort et l’argent révèlent dans leurs contradictions les plus mesquines.

Ce contraste entre la communion silencieuse de Salomé avec sa grand-mère et le bruit de la famille qui implose constitue la tension dramatique centrale du film. Dans ce processus de deuil singulier, l’enfant voit ce que les adultes ne voient plus, entend ce qu’ils n’écoutent plus, et maintient une relation avec la morte que personne d’autre ne peut partager. Lua Michel, actrice non professionnelle dont c’est le premier rôle, porte cette position avec une présence à l’écran qui dépasse de loin ce que l’on attendrait d’une enfant sans expérience cinématographique.

Affiche du film Alma Viva
Dans Alma Viva, le regard de Salomé dit tout ce que les adultes autour d’elle ont cessé de voir depuis trop longtemps

Cristèle Alves Meira entre deux cultures

Cristèle Alves Meira est née à Montreuil en 1983 de parents portugais, et cette double appartenance culturelle nourrit Alma Viva de façon décisive. Le film parle de la diaspora portugaise en France à travers les détails : la famille qui revient au village pour l’été, les enfants qui parlent français entre eux et portugais avec les anciens, la distance culturelle qui s’est creusée entre une génération immigrée et celle qui est restée. Ces éléments ne sont pas le sujet principal du film, mais ils lui donnent une épaisseur sociologique qui enrichit sa dimension de fable.

La photographie de Rui Poças, directeur de la lumière portugais dont le travail sur des films comme Vitalina Varela de Pedro Costa est reconnu internationalement, est l’un des atouts majeurs du film. Sa façon de traiter la lumière des montagnes portugaises, dorée et presque minérale dans les scènes extérieures, plus trouble et incertaine dans les intérieurs, crée un espace visuel qui correspond exactement à l’entre-deux dans lequel Salomé évolue. Alma Viva a été présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2022 et a remporté le Prix Pilar Miró de la meilleure nouvelle réalisatrice.

Salomé avant et après la mort de sa grand-mère

ÉlémentAvantAprès
Rapport au villageEspace de jeu et d’insouciance estivaleTerritoire chargé de présences et de conflits
Rapport à sa grand-mèreAmour simple et évident, sans distanceLien maintenu à travers les apparitions et les rituels
Rapport aux adultesConfiance naturelle dans leur capacité à gérerLucidité nouvelle sur leurs failles et leurs contradictions
Rapport au monde invisiblePerméabilité intuitive sans conscience réelleExpérience directe et assumée du passage entre les mondes
Rapport à elle-mêmeEnfant ordinaire en vacancesHéritière d’un don et d’une responsabilité qu’elle n’a pas choisis

Un film qui s’installe et ne repart plus

Alma Viva appartient à cette catégorie rare de premiers films qui semblent avoir été réalisés par quelqu’un qui savait exactement ce qu’il voulait dire et comment le dire. Cristèle Alves Meira a construit une œuvre qui tient ensemble des registres que l’on croit incompatibles : l’anthropologie et la fable, le deuil et l’humour noir, la tendresse et la cruauté familiale. Pour les spectateurs en quête d’un cinéma qui traite la mort et le merveilleux comme des territoires contigus, Alma Viva est sur PlayVOD.

FAQ : Alma Viva

Qui est Cristèle Alves Meira, la réalisatrice du film ?

Cristèle Alves Meira est une réalisatrice française d’origine portugaise née à Montreuil en 1983. Elle a réalisé des documentaires et des courts métrages avant de signer Alma Viva, son premier long-métrage de fiction. Le film a été présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2022 et lui a valu le Prix Pilar Miró de la meilleure nouvelle réalisatrice au Festival de San Sebastián.

À quel public ce film s’adresse-t-il ?

Alma Viva s’adresse à un public adulte sensible aux drames intimistes et aux récits qui mêlent réalisme et dimension magique. Les spectateurs d’origine portugaise ou de la diaspora lusophone trouveront une résonance culturelle particulière dans le film. Certaines scènes liées à la mort et aux rituels funéraires peuvent impressionner les spectateurs les plus jeunes.

Quels thèmes principaux le film aborde-t-il ?

Alma Viva explore le deuil vécu par un enfant, la sorcellerie comme pratique culturelle ancrée dans le Portugal rural, les conflits familiaux révélés par la mort et la transmission d’un don entre générations de femmes. Ces thèmes sont traités avec une précision anthropologique et une sensibilité poétique qui les rendent universels malgré leur ancrage culturel spécifique.

Le film est-il autobiographique ?

Alma Viva est directement inspiré de l’expérience personnelle de Cristèle Alves Meira, qui s’est inspirée du sentiment d’injustice ressenti à la mort de sa propre grand-mère maternelle. Elle avait une vingtaine d’années quand sa grand-mère est morte et a vu sa famille se déchirer autour de sa dépouille pour une question d’argent, la laissant sans sépulture pendant deux ans.

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