Paris, 17 février 1673. Molière monte sur scène pour jouer Le Malade Imaginaire. Ce sera sa dernière représentation. Le Molière Imaginaire est un biopic historique qui reconstitue par l’imagination les deux dernières heures du dramaturge français. Olivier Py signe sur PlayVOD un film baroque et envoûtant avec Laurent Lafitte.
Quand l’imagination remplace les archives
Olivier Py explique le paradoxe fondateur du film Le Molière Imaginaire : il n’existe aucune lettre ni aucun manuscrit de Molière. On est donc forcé d’imaginer ce qui s’est passé au cours de cette nuit incroyable où il est mort en scène, jouant sa propre mort et se vouant lui-même à la mort. Ce choix de l’imagination assumée plutôt que de la reconstitution scrupuleuse est ce qui distingue Le Molière Imaginaire de la plupart des biopics historiques : Olivier Py ne prétend pas raconter la vérité, il revendique le droit de la rêver.
Là où Ariane Mnouchkine avait embrassé en 1978 toute la vie de Jean-Baptiste Poquelin dans un biopic historique de plus de quatre heures, Olivier Py choisit de concentrer son récit sur la dernière heure et demie de son existence, entre les quatre murs du théâtre du Palais-Royal. Cette économie de moyens narrative est aussi une déclaration d’intention : ce qui intéresse Py n’est pas la biographie d’un monument national, mais la vérité émotionnelle d’un homme qui sent la mort venir et choisit malgré tout de continuer à jouer.

Laurent Lafitte, Molière sans la statue
Laurent Lafitte, qui incarne avec panache ce Molière décalé, confie que ce qui est intéressant, c’est précisément d’essayer de dé-muséifier et de réhumaniser Molière. Le pari est tenu. Le Molière que Lafitte habite n’est pas le dramaturge figé dans les manuels scolaires : c’est un homme qui crache du sang, qui attend en vain le roi, qui se dispute avec sa troupe, qui aime et qui doute. Cette humanité fragile, rendue avec une précision qui évite aussi bien la révérence que la caricature, est ce qui rend le biopic historique durablement touchant.
La distribution qui entoure Lafitte est à la hauteur de cette ambition. Stacy Martin incarne Armande, la femme de Molière, avec une présence à la fois froide et passionnée. Bertrand de Roffignac, qui a également coécrit le scénario avec Olivier Py, apporte à son personnage une complexité qui enrichit les rapports de force autour du dramaturge mourant. Jeanne Balibar et Judith Magre complètent une troupe dont chaque membre semble porter une relation particulière à la mort qui approche.

Olivier Py, homme de théâtre devenu cinéaste
Le Molière Imaginaire est né en plein confinement, à un moment où Olivier Py s’interrogeait sur son incapacité à écrire du théâtre. Cette genèse pendant une période où les théâtres étaient fermés donne au film une dimension supplémentaire : C’est un hommage à la scène porté par quelqu’un qui en a été éloigné, une véritable histoire d’amour avec le théâtre racontée depuis le regard du cinéma.
Olivier Py est l’une des personnalités les plus importantes du théâtre français contemporain, ancien directeur du Festival d’Avignon et de l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Ce premier long-métrage de cinéma prolonge naturellement une pratique artistique qui a toujours mêlé la mise en scène, l’écriture et la réflexion sur ce que signifie représenter. Le Molière Imaginaire n’est pas le film d’un cinéaste qui s’intéresse au théâtre : c’est le film d’un homme de théâtre qui utilise le cinéma pour dire ce que le théâtre seul ne pouvait pas lui permettre d’exprimer.
La dernière représentation
| Moment | Lieu dans le théâtre | Enjeu dramatique |
| L’entrée en scène | Les coulisses du Palais-Royal | Molière choisit de jouer malgré la maladie |
| Le premier crachat de sang | Sur scène, pendant Le Malade Imaginaire | La décision de continuer malgré tout |
| L’attente du roi | Les loges et les couloirs | L’abandon royal comme blessure finale |
| Les apparitions du passé | L’ensemble du théâtre | Les fantômes qui hantent les dernières heures |
| La chute finale | Sur scène, devant le public | La mort comme ultime acte de théâtre |
Un film qui réconcilie Molière avec notre époque
Le Molière Imaginaire finit par accomplir quelque chose que peu de biopics historiques réussissent : rendre un monument vivant, imparfait et proche. Olivier Py n’a pas cherché à expliquer Jean-Baptiste Poquelin ni à le juger : il a cherché à le sentir, à en restituer la chaleur humaine et la grandeur fragile. Pour les spectateurs qui croyaient connaître le plus célèbre dramaturge français et qui veulent découvrir l’homme derrière la légende que l’histoire a soigneusement rangée, Le Molière Imaginaire est sur PlayVOD.
FAQ : Le Molière Imaginaire
Qui est Olivier Py, le réalisateur du film ?
Olivier Py est l’une des figures majeures du théâtre français contemporain. Auteur, metteur en scène et ancien directeur du Festival d’Avignon et de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, il signe avec Le Molière Imaginaire son premier long-métrage de cinéma. Le film est coécrit avec Bertrand de Roffignac et produit avec le soutien du Centre national du cinéma.
Le film est-il historiquement fidèle ?
Olivier Py revendique clairement le droit à l’imagination : il n’existe aucun manuscrit ni lettre de Molière, ce qui rend toute reconstitution nécessairement fictive. Le film s’appuie sur quelques documents historiques réels, notamment la lettre d’Armande à l’archevêque et le registre de Lagrange, mais l’essentiel du récit est une construction poétique assumée. Ce n’est pas un documentaire, mais une rêverie sur une nuit historique.
Quels thèmes principaux le film aborde-t-il ?
Le Molière Imaginaire explore la mort comme ultime acte de théâtre, la relation entre un artiste et le pouvoir royal qui l’abandonne, la passion dévorante pour la scène comme raison de vivre jusqu’au dernier souffle et la façon dont une légende se construit dans les heures qui précèdent sa propre fin. Ces thèmes sont portés par un film baroque et lyrique qui assume pleinement sa dimension poétique.
Faut-il connaître l’œuvre de Molière pour apprécier le film ?
Non. Si une familiarité avec Le Malade Imaginaire et les grandes lignes de la vie de Molière enrichit le visionnage, le film fonctionne parfaitement comme expérience cinématographique autonome. Olivier Py a construit un récit qui parle d’un homme face à sa mort plutôt que d’un dramaturge face à son œuvre, ce qui le rend accessible à des spectateurs qui ne connaissent Molière que de nom.
