Se Souvenir Des Tournesols : rester ou partir, Anaïs hésite

Le documentaire Se Souvenir Des Tournesols sur PlayVOD

Anaïs a 17 ans, un bac à passer et un été pour dire au revoir. Se Souvenir Des Tournesols est un documentaire français qui raconte l’exode rural en pleine diagonale du vide à hauteur d’adolescente. Sandrine Mercier et Juan Gordillo Hidalgo signent sur PlayVOD un film solaire et bouleversant.

Un été pour comprendre ce que l’on quitte

Anaïs n’a pas encore décidé de partir. Elle sait seulement que le monde autour d’elle le lui demande, que son bac en poche ouvrira des portes qui n’existent pas dans le Gers, que la logique de la réussite pointe invariablement vers la ville. Dans ce documentaire français, Sandrine Mercier filme cette pression invisible avec une précision douce : jamais personne ne dit à Anaïs qu’elle doit partir, mais tout le système dans lequel elle évolue le lui murmure en permanence.

Ce que Se Souvenir Des Tournesols réussit dès ses premières images, c’est de rendre palpable la beauté de ce qui sera laissé. Les champs de tournesols du Gers, filmés par Juan Gordillo Hidalgo avec une lumière qui appartient à l’été du Sud-Ouest, ne sont pas un décor : ils sont un argument. La fanfare dans laquelle joue Anaïs, les fêtes de village, les vendanges, les amis de toujours, tout cela a un poids dans la balance que le documentaire ne cherche pas à minorer. Partir n’est pas une évidence, c’est un sacrifice.

Le documentaire Se Souvenir Des Tournesols sur PlayVOD
Se Souvenir Des Tournesols pose dès son titre une question qui appartient à tous ceux qui ont un jour regardé un paysage d’enfance en sachant qu’ils allaient le quitter

Quand le territoire pose une question politique

Le Gers se trouve en pleine diagonale du vide, cette bande de territoires français qui se vident depuis des décennies de leur population active, de leurs services publics et de leurs perspectives économiques. Sandrine Mercier et Juan Gordillo Hidalgo ne font pas un documentaire de dénonciation sur la désertification rurale, mais ils posent clairement le contexte dans lequel évolue Anaïs : partir n’est pas seulement un choix personnel, c’est la conséquence d’un abandon structurel que la France rurale vit depuis des générations.

Cette dimension politique, portée sans discours ni idéologie, traverse le documentaire français comme un courant souterrain. La question n’est pas de savoir si Anaïs devrait rester, mais de se demander pourquoi rester semble impossible à envisager sérieusement. Les réalisateurs ont eu l’intelligence de ne pas répondre à cette question, de la laisser résonner dans les images des champs et les sons de la banda, et de faire confiance au spectateur pour entendre ce que le film ne dit pas.

Anaïs, un portrait universel d’une jeunesse tiraillée

Sandrine Mercier a rencontré Anaïs par l’intermédiaire de Thierry, chef d’orchestre de la banda de Nogaro, lors d’une fête de village. Cette rencontre de hasard est devenue le cœur d’un film dont Anaïs est la figure principale sans jamais être construite comme un personnage de fiction. Elle existe dans le documentaire comme elle existe dans la vie : avec ses doutes, ses enthousiasmes, ses silences et une façon d’habiter l’instant qui rend chaque scène avec elle précieuse.

Ce que Sandrine Mercier fait avec Anaïs dépasse le simple portrait d’une adolescente gersoise. Elle en fait un miroir pour tous ceux qui ont vécu ce moment de bascule entre une enfance géographiquement ancrée et un avenir abstrait qui exige de tout lâcher. Les spectateurs qui ont grandi en dehors des grandes villes européennes reconnaîtront quelque chose d’essentiel dans le regard d’Anaïs sur sa terre : cette façon d’aimer un endroit d’autant plus fort qu’on sait qu’on va le quitter.

Scène du documentaire Se Souvenir Des Tournesols
Dans Se Souvenir Des Tournesols, la caméra de Juan Gordillo Hidalgo accompagne Anaïs comme on accompagne quelqu’un qu’on ne veut pas voir partir trop vite

Un retour aux sources comme méthode documentaire

Sandrine Mercier a grandi dans cette région du Sud-Ouest avant de la quitter à 18 ans pour construire une carrière en ville. Ce retour vingt-cinq ans plus tard n’est pas nostalgique : il est une enquête. En choisissant de filmer Anaïs plutôt que de se filmer elle-même, la réalisatrice trouve un équilibre subtil entre l’autobiographie et le documentaire, entre son propre vécu et celui d’une génération qui pose la même question avec les mêmes mots.

Par ailleurs, Juan Gordillo Hidalgo, co-réalisateur et directeur de la photographie, apporte à ce projet une sensibilité visuelle nourrie de ses origines espagnoles. Son regard sur les paysages du Gers, les fêtes de la banda et les visages des habitants de Nogaro a la douceur de quelqu’un qui découvre un territoire dont il n’est pas l’héritier direct. Ce léger décentrement du regard donne au film une fraîcheur ethnographique qui l’empêche de basculer dans la célébration trop intime.

Anaïs face à son avenir

ÉlémentAttachement au GersAppel de la ville
La musiqueLa banda La Chicuelina, les fêtes de villageLes études de musique ou d’espagnol à Toulouse
Les amisUne communauté soudée autour des répétitionsDe nouvelles rencontres dans un monde plus vaste
La natureLes champs de tournesols, les vendanges, l’espaceL’absence de ces paysages comme deuil à traverser
La familleLa proximité quotidienne, la chaleur du foyerLa distance comme prix inévitable de l’émancipation
L’avenir professionnelPeu de débouchés en pleine diagonale du videLes opportunités que seule la ville semble offrir

Un film qui laisse la question ouverte

Se Souvenir Des Tournesols ne dit pas à Anaïs ce qu’elle doit faire. Il ne dit pas non plus que partir est une trahison ni que rester est une résignation. Il montre simplement, avec une générosité et une lumière qui lui appartiennent, que la question mérite d’être posée sérieusement, que les tournesols qui penchent la tête à la fin de la saison estivale ne sont pas seulement un signe de passage des saisons. Sandrine Mercier et Juan Gordillo Hidalgo ont construit un documentaire français qui fait du dilemme de l’exode rural une question intime que chaque spectateur finit par se poser pour lui-même. À voir sur PlayVOD.

FAQ : Se Souvenir Des Tournesols

Qui sont Sandrine Mercier et Juan Gordillo Hidalgo ?

Sandrine Mercier est une réalisatrice et journaliste française originaire du Sud-Ouest, dont le travail documentaire explore les territoires et les questions de société. Juan Gordillo Hidalgo est son co-réalisateur et directeur de la photographie, d’origine espagnole, avec lequel elle partage une pratique cinématographique depuis plusieurs années. Ils avaient déjà collaboré sur Le Temps des militants avant de signer Se Souvenir Des Tournesols.

Le film est-il uniquement destiné aux spectateurs originaires de zones rurales ?

Non. Si les spectateurs ayant grandi en dehors des grandes villes y trouveront une résonance particulière, le film touche à des questions universelles sur l’appartenance, le sacrifice et la façon dont on choisit sa vie. La question de partir ou rester n’est pas exclusivement rurale : elle appartient à tous ceux qui ont un jour dû choisir entre ce qu’ils aimaient et ce qu’ils croyaient devoir devenir.

Quels thèmes principaux le film aborde-t-il ?

Se Souvenir Des Tournesols explore le dilemme de la jeunesse rurale face à l’exode, la désertification des territoires de la diagonale du vide, le passage à l’âge adulte comme rupture géographique et affective, et la question de savoir si l’on peut revenir quand on a choisi de partir.

Le film prend-il parti pour ou contre le maintien en zone rurale ?

Non. Sandrine Mercier et Juan Gordillo Hidalgo ont clairement choisi de ne pas faire un film de propagande pour le maintien en zone rurale ni un plaidoyer pour l’exode. Ils montrent la beauté et la richesse d’un territoire tout en laissant visible la réalité de ses limites économiques.

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