Retour à Raqqa est un documentaire sur PlayVOD qui retrace l’enlèvement de 19 journalistes capturés par l’État Islamique en Syrie en 2013. À travers le témoignage de Marc Marginedas, premier prisonnier libéré, Albert Solé et Raul Cuevas reconstituent l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire du journalisme contemporain.
Documentaire : des journalistes face à l’État Islamique
Albert Solé et Raul Cuevas abordent l’un des épisodes les plus marquants et les plus documentés de la guerre en Syrie avec une rigueur et une proximité qui donnent au film une dimension à la fois journalistique et profondément humaine. Disponible sur PlayVOD, Retour à Raqqa s’appuie sur le témoignage de Marc Marginedas, journaliste espagnol du Periódico de Catalunya, pour reconstituer de l’intérieur une captivité qui a duré plusieurs mois dans les geôles de l’État Islamique à Raqqa.
Ce qui distingue ce documentaire des nombreuses productions consacrées à l’État Islamique, c’est sa façon de centrer le récit sur l’expérience humaine de la captivité plutôt que sur l’analyse géopolitique ou la reconstitution militaire. Albert Solé et Raul Cuevas font le choix de la voix de celui qui a vécu, et cette décision narrative donne au documentaire une authenticité et une intimité qui rendent la réalité de la captivité bien plus palpable que n’importe quelle reconstitution spectaculaire.

Marc Marginedas, premier témoin d’une captivité collective
Marc Marginedas est le fil narratif central de Retour à Raqqa. Journaliste expérimenté habitué aux zones de conflit, il est capturé en septembre 2013 alors qu’il couvre la guerre civile syrienne. Sa particularité dans ce groupe de 19 journalistes est d’avoir été le premier libéré, en mars 2014, ce qui lui confère une perspective unique sur l’ensemble de l’épisode et lui permet de témoigner avec une distance et une lucidité que les captivités plus longues n’auraient peut-être pas permises.
Albert Solé et Raul Cuevas construisent leur documentaire autour de ce témoignage avec une intelligence et une sensibilité remarquables. Ils laissent Marc Marginedas parler à son propre rythme, revenir sur les détails qui lui semblent importants et exprimer les émotions que la captivité a laissées en lui sans chercher à dramatiser artificiellement ni à en tirer des conclusions qu’il ne tire pas lui-même. Cette retenue dans la direction du témoignage est l’une des marques de fabrique les plus précieuses de tout le film.
La Syrie comme contexte et comme cicatrice
Retour à Raqqa s’inscrit dans un contexte géopolitique que Albert Solé et Raul Cuevas restituent avec une économie de moyens remarquable. Le documentaire ne prétend pas expliquer la guerre civile syrienne dans toute sa complexité : il se concentre, dans une volonté de refuser l’oubli, sur ce que cette guerre a produit de plus concret et de plus personnel pour ces journalistes qui avaient choisi d’aller la couvrir au péril de leur vie.

La ville de Raqqa elle-même, devenue capitale de fait de l’État Islamique, est présente tout au long du documentaire comme un espace dont le nom seul suffit à évoquer une réalité que les images peinent parfois à restituer. Albert Solé et Raul Cuevas utilisent cette dimension symbolique avec une intelligence narrative qui transforme un nom de ville en métaphore de tout ce que l’État Islamique a représenté de plus brutal et de plus organisé dans sa volonté de contrôle et de terreur.
La liberté de la presse comme enjeu central
Derrière le récit de captivité, Retour à Raqqa pose une question fondamentale sur le prix de la liberté de la presse et sur ce que signifie exercer le métier de journaliste dans des zones de conflit où l’information est à la fois vitale et mortellement dangereuse à produire. Albert Solé et Raul Cuevas ne formulent pas cette question explicitement, mais elle traverse chaque séquence du film avec une persistance et une urgence qui lui donnent une résonance bien au-delà du seul épisode de Raqqa.
Le documentaire rappelle aussi que ces 19 journalistes n’étaient pas des aventuriers irresponsables : c’étaient des professionnels qui avaient choisi de couvrir un conflit parce que quelqu’un devait le faire et que l’information sur ce qui se passait en Syrie était nécessaire à la compréhension d’une crise qui allait affecter l’ensemble du monde. Cette dignité du métier est l’un des hommages les plus sincères que le documentaire rend à ceux qui le pratiquent au péril de leur vie.
Tableau liberté de la presse vs danger
| Élément | Ce que la liberté de la presse exige | Ce que le danger impose | Ce que Retour à Raqqa révèle |
| La présence sur le terrain | Aller là où l’information se fait | Risquer sa vie pour informer | Le courage ordinaire de ceux qui font ce métier |
| Le témoignage | Raconter ce qu’on a vu sans filtre | Survivre pour pouvoir témoigner | La captivité comme expérience qui transforme le regard |
| La solidarité entre journalistes | Partager l’information et se soutenir | Tenir ensemble dans la captivité | Le groupe comme condition de survie autant que professionnelle |
| La publication | Informer le public sur des réalités difficiles | Surmonter le trauma pour continuer à travailler | Le journalisme comme engagement qui dépasse le simple métier |
| La reconnaissance du risque | Savoir qu’on peut ne pas revenir | Accepter cette réalité avant de partir | Ce que la liberté de la presse coûte vraiment à ceux qui la défendent |
PlayVOD : un documentaire nécessaire
Retour à Raqqa de Albert Solé et Raul Cuevas est un documentaire qui rend hommage à la liberté de la presse en montrant concrètement ce qu’elle coûte à ceux qui la défendent. Disponible sur PlayVOD, il offre une expérience de visionnage rare et nécessaire portée par des témoignages d’une sobriété et d’une force remarquables sur l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire du journalisme contemporain.
FAQ — Retour à Raqqa
Le documentaire a-t-il été récompensé ?
Oui, Retour à Raqqa a remporté le Grand Prix du 30e Festival International du Grand Reportage d’Actualité et du Documentaire de Société (Figra) à Douai en 2023, ainsi que le prix du jury jeunes et le prix du public dans la catégorie des films de plus de 40 minutes.
Qui est Marc Marginedas ?
Marc Marginedas est un journaliste espagnol du Periódico de Catalunya, spécialiste des zones de conflit. Capturé en septembre 2013 en Syrie par l’État Islamique, il a été le premier des 19 journalistes détenus à être libéré, en mars 2014, après plusieurs mois de captivité à Raqqa.
Le documentaire montre-t-il des images violentes ?
Le documentaire privilégie le témoignage humain à la reconstitution violente. Albert Solé et Raul Cuevas ont choisi une approche sobre et respectueuse qui rend compte de la réalité de la captivité sans tomber dans le voyeurisme ou la surenchère visuelle.
À partir de quel âge le film est-il recommandé ?
Le documentaire est recommandé à partir de 16 ans en raison de la gravité de ses thèmes et de certains témoignages d’une intensité émotionnelle élevée. Il est particulièrement adapté aux adultes et aux adolescents sensibles aux questions de liberté de la presse et de géopolitique contemporaine.
