Longtemps reléguées au second plan, les femmes ont peu à peu conquis le cinéma grâce au féminisme et à leur talent. À travers des héroïnes fortes, le septième art a su mettre en lumière des parcours inspirants et des films engagés qui célèbrent le girl power sous toutes ses formes.
Le féminisme au cinéma, une histoire chaotique
L’histoire du féminisme au cinéma ne commence pas dans les années 1970. Elle démarre bien avant, dès les premières décennies du cinéma muet, quand des réalisatrices comme Alice Guy-Blaché posent des caméras et filment des femmes avec un regard que peu d’hommes de leur époque auraient osé. Ces pionnières ont été effacées de l’histoire officielle pendant des décennies, leurs noms oubliés au profit d’une mémoire du cinéma construite presque exclusivement autour des hommes.
Ce n’est qu’au fil des années que la recherche cinématographique a commencé à rétablir ces trajectoires occultées. Alice Guy-Blaché a réalisé des centaines de films de divers genres entre la fin du XIXe siècle et les années 1920. Lois Weber, autre figure majeure du cinéma muet américain, abordait des sujets aussi sensibles que la contraception ou la pauvreté à une époque où ces thèmes étaient tabous. Ces femmes n’attendaient pas la permission de raconter. Elles filmaient, et leur audace préfigure tout ce que le cinéma féministe allait construire ensuite.

Des héroïnes fortes nées de la résistance
Les années 1970 marquent un tournant décisif. Le mouvement féministe de la deuxième vague se répercute dans les salles obscures avec une énergie nouvelle. Des cinéastes comme Agnès Varda, Marguerite Duras ou Chantal Akerman imposent un regard féminin sur le monde qui remet en question les codes narratifs établis par des décennies de cinéma masculin. Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles d’Akerman, sorti en 1975, est régulièrement cité comme l’un des films les plus importants jamais réalisés : une femme au foyer filmée en temps réel, dont la routine bascule dans la violence en trois jours.
Ces héroïnes fortes ne ressemblent pas aux personnages féminins des décennies précédentes. Elles ne sont ni muses ni victimes ni faire-valoir romantiques. Elles sont des sujets à part entière, avec leurs contradictions, leurs désirs et leurs rébellions, portées par une rage féminine qui affirme leur puissance et leur indépendance. Ce basculement du regard, qui semble évident aujourd’hui, a représenté une révolution dans le cinéma mondial dont les effets continuent de se faire sentir.
Films fondateurs du féminisme au cinéma
| Film | Réalisatrice ou réalisateur | Époque | Apport féministe |
| La Smala | Alice Guy-Blaché | Cinéma muet | Première réalisatrice de l’histoire du cinéma |
| Jeanne Dielman | Chantal Akerman | Années 1970 | Le quotidien féminin comme sujet politique majeur |
| Thelma et Louise | Ridley Scott | Années 1990 | La cavale féminine comme acte de liberté radical |
| Boys Don’t Cry | Kimberly Peirce | Années 1990 | Identité de genre et violence systémique |
| Portrait de la jeune fille en feu | Céline Sciamma | Années 2010-2020 | Le désir féminin filmé par une femme |
Le girl power des années 1990
Les années 1990 introduisent une notion qui va envahir la culture populaire : le girl power. Thelma et Louise de Ridley Scott, sorti en 1991, provoque un choc dans les salles américaines. Deux femmes ordinaires, coincées dans des vies étriquées, prennent la route et ne s’arrêtent plus. Le film est à la fois un road movie, un film d’action et une déclaration politique dont la fin, volontairement ouverte sur l’abîme, refuse toute résolution consolatrice. Pour la première fois dans le cinéma grand public américain, deux héroïnes choisissent la liberté plutôt que la survie dans un monde qui les écrase.

Mais le girl power des années 1990 a aussi ses limites. La notion est rapidement récupérée par l’industrie culturelle et vidée d’une partie de son contenu politique. Les Spice Girls, les publicités de shampoing et les films d’action à héroïne musclée transforment le féminisme en esthétique vendable. Le cinéma engagé de la décennie coexiste avec une industrie hollywoodienne qui continue de payer les actrices moins que leurs homologues masculins et de leur offrir des rôles infiniment moins complexes.
Ce que le cinéma doit encore aux femmes
Le féminisme au cinéma n’est pas un genre, une mode ou une tendance : c’est un mouvement de fond qui traverse l’histoire du septième art depuis ses origines et qui n’a pas fini de remodeler ses récits. Des pionnières silencieuses du muet aux héroïnes fortes d’aujourd’hui, le chemin parcouru est immense et le travail qui reste à faire l’est tout autant. Le cinéma est féministe quand il montre les femmes telles qu’elles sont, non telles qu’on voudrait qu’elles soient. PlayVOD propose une sélection de films engagés portés par des héroïnes qui ont contribué à écrire cette histoire, à découvrir ou redécouvrir à tout moment.
FAQ sur le féminisme au cinéma
Quel est le premier film féministe de l’histoire du cinéma ?
Il est difficile de désigner un seul film comme le premier film féministe, mais les travaux d’Alice Guy-Blaché, première réalisatrice de l’histoire du cinéma dès la fin du XIXe siècle, sont souvent cités comme les premières traces d’un regard féminin autonome derrière la caméra. Son œuvre, longtemps oubliée, a été redécouverte et réhabilitée par les historiens du cinéma ces dernières décennies.
Quelles sont les réalisatrices les plus importantes du cinéma féministe ?
Parmi les figures les plus marquantes, on compte Chantal Akerman, Agnès Varda, Céline Sciamma, Greta Gerwig, Kathryn Bigelow et Emerald Fennell. Chacune a contribué à élargir la représentation des femmes au cinéma, que ce soit à travers des films d’auteur intimistes ou des productions grand public qui ont touché des millions de spectateurs.
Qu’est-ce que le test de Bechdel ?
Le test de Bechdel est un outil d’analyse simple proposé par la dessinatrice Alison Bechdel en 1985 pour mesurer la représentation des femmes dans les films. Un film passe le test s’il contient au moins deux personnages féminins nommés qui se parlent d’autre chose que d’un homme. La majorité des productions hollywoodiennes échouent encore à ce test élémentaire, ce qui dit beaucoup sur l’état de la représentation féminine dans le cinéma mainstream.
Le féminisme au cinéma se limite-t-il aux films réalisés par des femmes ?
Non. Des réalisateurs hommes ont produit des œuvres profondément féministes, à l’image de Thelma et Louise de Ridley Scott ou de Promising Young Woman d’Emerald Fennell, réalisatrice dans ce cas précis. Ce qui définit un film féministe, c’est moins le genre de son auteur que la façon dont il construit et traite ses personnages féminins.
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