Virginia Vallejo a aimé l’homme le plus dangereux de Colombie. Escobar, biopic crime réalisé par Fernando León de Aranoa, raconte cette liaison impossible au cœur du trafic de drogue qui a ensanglanté un pays. Javier Bardem et Penélope Cruz réunis, à voir sur PlayVOD.
Virginia Vallejo, narratrice d’un règne de terreur
Le parti pris d’Escobar est clair dès les premières minutes : ce n’est pas l’histoire du cartel de Medellín vue depuis les rangs du cartel, mais celle d’une femme qui a choisi de s’y perdre. Virginia Vallejo, journaliste vedette de la télévision colombienne, entame en 1982 une liaison avec Pablo Escobar alors que celui-ci consolide son empire du trafic de drogue. Elle sait qui il est. Elle y va quand même. Fernando León de Aranoa fait de cette contradiction le moteur de tout le film.
Dans le biopic, Penélope Cruz habite ce personnage avec une intensité mesurée. Virginia n’est pas présentée comme une victime ni comme une complice aveugle : c’est une femme intelligente, ambitieuse, qui a fait un choix et en paie progressivement le prix. Sa narration en voix off structure le récit et lui donne une dimension intime que les biopics de gangsters évitent souvent. C’est par ses yeux que l’on voit Escobar, et ce filtre change considérablement la lecture du personnage.

Bardem face au mythe Escobar
Javier Bardem a travaillé plusieurs mois pour incarner Pablo Escobar, modifiant sa morphologie, son débit vocal, sa gestuelle. La transformation physique est frappante, mais c’est la façon dont il joue l’imprévisibilité du personnage qui retient davantage l’attention. Escobar selon Bardem peut passer en quelques secondes de la jovialité à une violence froide, sans transition perceptible. C’est cette instabilité permanente qui rend le personnage crédible, et menaçant, bien au-delà du costume.
Le défi du biopic consacré à Escobar est connu : le personnage a déjà été incarné tant de fois, et notamment dans la série Narcos, qu’il est difficile de proposer un regard neuf. León de Aranoa choisit de ne pas chercher l’exhaustivité. Son film couvre essentiellement la période 1981-1987, centrée sur la relation entre Pablo et Virginia, et laisse volontairement de côté les épisodes les plus documentés pour se concentrer sur la mécanique intime d’une fascination réciproque et destructrice.
Un biopic qui assume son regard partial
Escobar ne cherche pas à être un manuel d’histoire du narcotrafic colombien. Il raconte une expérience subjective, celle d’une femme prise dans l’orbite d’un homme qui redistribue l’argent du transaction de drogue aux pauvres d’un côté, et commande des assassinats de l’autre. Cette ambivalence est traitée sans chercher à la résoudre, ce qui est à la fois la force et la limite du film. On comprend l’attraction de Virginia, sans jamais oublier ce qu’elle choisit d’ignorer.

Fernando León de Aranoa, dont les précédents films comme Los Lunes al Sol ou A Perfect Day avaient déjà montré un goût pour les sujets moralement complexes, adopte ici un ton à mi-chemin entre le drame romanesque et le thriller politique. Ce mélange des registres ne convainc pas toujours, et quelques passages versent dans un lyrisme appuyé. Mais la direction d’acteurs reste solide, et le film tient sa promesse principale : offrir une entrée différente dans une histoire sur-représentée à l’écran.
La Colombie des années 80 reconstituée
Tourné en partie en Bulgarie pour des raisons budgétaires, mais aussi en Colombie, Escobar restitue avec soin l’atmosphère des années 80 colombiennes : la télévision comme vecteur de pouvoir symbolique, les fêtes somptueuses au bord des piscines de haciendas, les blindés qui circulent dans Medellín, les attentats qui font partie du paysage quotidien. La reconstitution de l’époque est l’un des points forts du film, notamment la façon dont il montre comment le trafic de drogue a infiltré toutes les strates de la société colombienne, des plus pauvres aux plus puissants.
La bande originale mêle musiques originales et titres d’époque pour ancrer le récit dans son contexte sans jamais verser dans la carte postale. León de Aranoa traite la Colombie avec respect, évitant le regard extérieur condescendant qui a alourdi d’autres productions similaires. Le résultat est un biopic imparfait, mais sincère, porté par deux acteurs qui savent donner de l’épaisseur à des personnages que l’histoire réelle a déjà jugés.
Chronologie du règne d’Escobar dans le film
| Période | Événement clé | Impact sur Virginia | Contexte historique |
| 1981 | Première rencontre avec Escobar | Fascination immédiate | Escobar consolide le cartel de Medellín |
| 1982-1983 | Liaison romantique au sommet | Immersion dans le monde du narco | Escobar élu au Congrès colombien |
| 1984-1985 | Montée de la violence politique | Prise de conscience progressive | Assassinat du ministre de la Justice |
| 1986-1987 | Rupture et menaces de mort | Virginia contrainte à l’exil | Intensification de la guerre contre l’État |
| 1993 | Mort d’Escobar (évoquée) | Clôture d’un chapitre dévastateur | Fin du cartel de Medellín |
Ce que l’on retient quand le mythe s’efface
Escobar ne prétend pas dire le dernier mot sur Pablo Escobar. Il propose autre chose : le récit d’une femme qui a regardé le monstre de près et survécu pour en témoigner. Fernando León de Aranoa signe un film habité, parfois inégal, mais porté par une direction d’acteurs d’une rare intensité. Pour ceux qui souhaitent approfondir le contexte historique du narcotrafic en Colombie, ce éclairage de Libération sur les cicatrices du narcotrafic offre un contrepoint documenté au film.
FAQ – Escobar
Qui a réalisé Escobar ?
Escobar, connu internationalement sous le titre Loving Pablo, est réalisé par l’Espagnol Fernando León de Aranoa, né en 1968 à Madrid. Il a co-écrit le scénario, adapté des mémoires de Virginia Vallejo intitulés Loving Pablo, Hating Escobar. Le film est sorti en 2017 et a été présenté au Festival de Venise.
Le film est-il basé sur une histoire vraie ?
Oui. Le film s’appuie sur les mémoires de Virginia Vallejo, journaliste et présentatrice de télévision colombienne qui a entretenu une liaison avec Pablo Escobar entre 1982 et 1987. Vallejo a par la suite collaboré avec la DEA et témoigné contre plusieurs membres du cartel de Medellín avant de s’exiler aux États-Unis.
À quel public s’adresse ce film ?
Escobar est déconseillé aux moins de 16 ans en raison de scènes de violence, de contenu sexuel et d’une représentation explicite du monde du narcotrafic. Il s’adresse à un public adulte, amateur de biopics crime et de drames historiques, ainsi qu’à ceux qui souhaitent explorer la figure d’Escobar sous un angle différent de la série Narcos.
En quoi ce film se distingue-t-il des autres productions sur Escobar ?
Là où Narcos adopte une perspective extérieure, souvent américaine, Escobar fait le choix du point de vue intime d’une femme colombienne qui a aimé le narcotrafiquant. Ce filtre subjectif modifie profondément la lecture du personnage et donne au film une dimension romanesque et psychologique que les autres productions consacrées à Escobar privilégient rarement.
