Corsage : portrait d’une impératrice hors cadre

Le film Corsage sur PlayVOD

Noël 1877. L’impératrice Élisabeth d’Autriche fête ses 40 ans et refuse de vieillir dans le silence. Corsage, signé Marie Kreutzer, fracasse le mythe de Sissi pour en faire un portrait de liberté féminine brûlant d’actualité. Vicky Krieps y est souveraine. Le film est disponible sur PlayVOD.

Marie Kreutzer, une cinéaste contre les images figées

Marie Kreutzer est une réalisatrice autrichienne née à Graz en 1977, dont le cinéma s’attache depuis ses débuts à déconstruire les rôles assignés aux femmes dans la société contemporaine et historique. Avec Corsage, elle s’empare d’une figure nationale autrichienne aussi populaire que sclérosée par des décennies de représentations idéalisées. Le film a été présenté en sélection officielle à Cannes 2022 dans la section Un Certain Regard, où Vicky Krieps a remporté le Prix de la meilleure performance.

Kreutzer prend le contre-pied du drame d’époque classique avec une liberté totale. Elle mêle reconstitution historique et anachronismes délibérés : une chanson pop surgit au beau milieu d’un bal impérial, des dialogues contemporains glissent entre les robes à crinoline. Ce parti pris formel n’est pas un caprice esthétique. Il dit quelque chose de précis : les contraintes qu’Élisabeth subit en 1877 ne sont pas si éloignées de celles que les femmes subissent encore aujourd’hui.

Le film Corsage sur PlayVOD
L’affiche de Corsage place Vicky Krieps dans une posture qui n’appartient pas aux portraits impériaux : regard direct, tension dans le corps, quelque chose de prêt à se briser ou à exploser

Vicky Krieps, une Sissi qui refuse d’être belle

Vicky Krieps est à l’origine du projet. C’est elle qui a approché Marie Kreutzer avec l’idée de porter à l’écran une Élisabeth d’Autriche à 40 ans, à l’âge où la Cour la déclare officiellement vieille. L’actrice luxembourgeoise, révélée par Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, incarne ici une femme qui s’étouffe dans ses propres atours avec une intensité rare. Sa performance traverse plusieurs registres en un seul film : la mélancolie, l’ironie mordante, la rage contenue, l’humour désespéré.

Dans Corsage, Élisabeth se soumet chaque matin à un protocole épuisant : jeûne, exercices physiques, coiffure de plusieurs heures, mesure quotidienne de sa taille. Ces rituels, filmés avec une précision clinique, ne sont pas seulement des détails historiques. Ils constituent le vrai sujet du film, celui de la liberté féminine confisquée sous couvert de perfection. Krieps rend chacune de ces scènes insupportable à regarder, non par excès de dramatisme, mais par une sobriété qui dit tout.

Un portrait qui brise le mythe de Sissi

La Sissi que le monde connaît est celle de Romy Schneider, jeune, lumineuse, amoureuse de l’Empereur dans la trilogie d’Ernst Marischka des années 1950. Marie Kreutzer a délibérément attendu d’avoir vu ces films pour commencer ses recherches, refusant de se laisser contaminer par une image qu’elle voulait précisément défaire. Corsage commence là où la trilogie s’arrête : quand la beauté cesse d’être un atout et devient une cage.

Élisabeth quitte Vienne pour l’Angleterre et la Hongrie, cherchant dans le mouvement une forme d’existence que la Cour lui refuse. Ces escapades ne sont pas des aventures romantiques : elles sont des actes de résistance. La liberté féminine qu’elle revendique n’est pas spectaculaire, elle est quotidienne, fragmentée, constamment menacée. C’est précisément ce caractère ordinaire de la rébellion que Kreutzer filme avec le plus de justesse.

Les injonctions et rébellions d’Élisabeth

ContrainteNatureRéaction d’ÉlisabethPortée symbolique
Mesure quotidienne de la taillePhysique et socialeJeûne extrême puis refus progressifLe corps féminin comme propriété de la Cour
Interdiction de s’exprimer publiquementPolitiquePrises de position discrètes et voyagesLa parole confisquée comme outil de contrôle
Obligation de rester jeune et belleEsthétiqueHumour corrosif, refus des portraits officielsLa beauté comme devoir imposé
Vie de représentation permanenteSocialeFugues répétées vers l’Angleterre et la HongrieLe mouvement comme seule liberté accessible
Soumission à l’Empereur et à la CourConjugale et institutionnelleDistances croissantes, liaisons suggéréesLe mariage impérial comme contrat d’effacement

Un film d’époque résolument contemporain

Corsage ne prétend pas raconter l’histoire telle qu’elle s’est passée. Il assume pleinement sa dimension fictionnelle et anachronique pour mieux interroger le présent. Camille signe une bande-son construite entre créations inédites et réinterprétations de chansons de la musique pop, renforçant l’effet de décalage voulu par Kreutzer. Elle crée des ruptures qui empêchent le spectateur de se réfugier dans le confort du film historique bien sage, et le forcent à rester dans l’inconfort d’une question qui ne vieillit pas.

Affiche du film Corsage
Dans Corsage, les palais ne sont jamais des décors de conte : ce sont des prisons dorées où chaque couloir mène à une nouvelle obligation

Marie Kreutzer a déclaré que la vertu la plus précieuse exigée d’une femme reste encore aujourd’hui la beauté. Cette conviction traverse chaque plan de Corsage sans jamais être formulée comme un slogan. Le film fait confiance à son spectateur pour tirer ses propres conclusions, ce qui est peut-être sa qualité la plus précieuse. Il propose une expérience cinématographique aussi belle que dérangeante, servie par une photographie de Judith Kaufmann qui transforme chaque intérieur impérial en espace d’enfermement lumineux.

Ce que le corset serrait vraiment

Corsage restera comme l’un des portraits de femmes les plus saisissants de ces dernières années. Non pas parce qu’il réhabilite Sissi, mais parce qu’il la rend enfin réelle. Marie Kreutzer et Vicky Krieps ont fabriqué ensemble un film qui refuse le monument et préfère la fissure, celle par laquelle la lumière entre et par laquelle une femme tente de s’échapper. Le corset d’Élisabeth est une métaphore que chaque époque réinvente à sa façon.

FAQ : Corsage

Qui a réalisé Corsage ?

Corsage est réalisé par Marie Kreutzer, cinéaste autrichienne née à Graz en 1977, également scénariste du film. Connue pour son regard acéré sur les rapports de genre, elle signe avec ce film son œuvre la plus remarquée à l’international. Corsage a été présenté en sélection officielle à Cannes 2022 dans la section Un Certain Regard.

Qui joue Élisabeth d’Autriche dans Corsage ?

C’est l’actrice luxembourgeoise Vicky Krieps qui incarne l’impératrice Élisabeth à l’âge de 40 ans. Elle est également à l’origine du projet, qu’elle a coproduit. Sa performance lui a valu le Prix de la meilleure performance dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2022.

Le film est-il fidèle à la vie réelle de Sissi ?

Corsage s’inspire librement de la vie d’Élisabeth d’Autriche sans prétendre à la reconstitution historique stricte. Marie Kreutzer y intègre délibérément des anachronismes, musicaux et langagiers, pour créer un pont entre le XIXe siècle et les enjeux contemporains autour de la liberté féminine et des injonctions faites aux femmes.

À quel public s’adresse Corsage ?

Le film s’adresse à un public adulte amateur de cinéma d’auteur, de drames historiques revisités et de portraits de femmes complexes. Son ton mêle gravité et humour décalé, ce qui le rend accessible à des spectateurs peu habitués au film en costumes. La connaissance préalable de la figure de Sissi n’est pas nécessaire pour apprécier le film.

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