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Sirāt : un père perdu entre l’enfer et le paradis

Luis part au Maroc avec son fils pour retrouver sa fille disparue dans une rave. Sirāt est un road movie qui bascule de la quête familiale vers une errance spirituelle sans retour. Oliver Laxe signe sur PlayVOD un film Prix du jury à Cannes 2025, nommé aux Oscars.

Quand la fête cède la place à l’abîme

Sirāt s’ouvre sur une rave en plein désert marocain, des corps qui dansent sous un soleil de plomb au son d’une musique électronique qui ressemble à une prière primitive. Parmi eux, Luis et son fils Esteban distribuent la photo d’une jeune femme disparue. Cette entrée en matière est trompeuse dans la meilleure acception du terme : Oliver Laxe installe une atmosphère de fête nomade presque bienveillante avant de faire basculer son film vers quelque chose que personne n’avait anticipé.

Ce basculement, qui intervient au milieu du film Sirāt avec la brutalité d’un coup de poing, est l’un des moments de cinéma les plus déstabilisants de l’année 2025. Laxe ne prépare pas le spectateur, ne l’avertit pas, ne lui laisse pas le temps de se protéger. Ce choix narratif radical est cohérent avec le titre du film dramatique : Sirāt désigne en arabe le pont aussi fin qu’un cheveu qui sépare l’enfer du paradis dans la tradition islamique, celui sur lequel l’âme est confrontée à sa vraie nature. Le film fonctionne exactement comme ce pont, sans filet, sans retour possible.

Sirāt impose dès son affiche la vastitude d’un paysage qui n’attend pas les hommes et ne les accompagnera pas jusqu’au bout

Le désert comme personnage central

Oliver Laxe filme le désert du sud marocain comme peu de cinéastes ont filmé un paysage. Tourné en Super 16 mm, Sirāt bénéficie de la photographie pro et minutieuse de Mauro Herce, qui transforme les étendues de sable, les falaises ocre de l’Atlas et les tempêtes de sable en forces actives du récit, au même titre que les personnages. Une tempête particulièrement violente a d’ailleurs brisé la majeure partie du matériel de tournage pendant la production, forçant d’importantes reprises. Cette adversité du terrain se ressent dans chaque plan du road movie : on sent la chaleur, la poussière et le vertige d’un espace qui n’a aucun égard pour ceux qui s’y aventurent.

Cette façon de traiter la nature comme une force narrative rappelle Tarkovski, référence revendiquée par Laxe, et plus encore son propre O Que Arde, film sur les incendies de forêts galiciennes qui lui avait valu le Prix Un Certain Regard à Cannes 2019. Dans Sirāt, le désert n’est pas un décor exotique : c’est un espace de dépossession totale, qui retire progressivement aux personnages tout ce qu’ils croyaient posséder, leurs certitudes, leurs liens, leurs corps.

Dans Sirāt, les séquences de rave dans le désert marocain ont une qualité hypnotique qui prépare le spectateur à quelque chose de plus grand sans jamais lui en révéler la nature

Oliver Laxe et la radicalité comme seul horizon

Oliver Laxe est franco-espagnol d’origine galicienne, et son cinéma porte cette triple appartenance dans sa façon d’aborder les marges géographiques et humaines. Sirāt est ce qu’il décrit lui-même comme son film le plus politique et le plus radical, produit notamment par les frères Almodóvar via El Deseo. Cette production de prestige n’a pas adouci la vision du réalisateur : le film assume ses ambiguïtés, ses opacités et ses silences avec une confiance qui peut déconcerter autant qu’elle fascine.

Le casting mêle Sergi López, acteur catalan dont la présence physique et émotionnelle porte le film, et une troupe d’acteurs non professionnels rencontrés dans des raves au fil des années. Ces personnages portent leurs propres prénoms dans le film, Tonin, Bigui, Steff, Josh, et apportent une authenticité de présence que la fiction pure n’aurait pas pu produire. Sirāt a remporté le Prix du jury ex-aequo à Cannes 2025 et représente l’Espagne aux Oscars 2026 dans la catégorie Meilleur film international.

Les personnages face au désert

PersonnageCe qu’il chercheCe que le désert lui révèle
LuisSa fille disparue, une raison de continuerLa limite de ce qu’un père peut porter seul
EstebanSon père, une aventure qui le dépasseLa fragilité de tout ce que l’on croit protégé
Les raversLa prochaine fête, une liberté sans frontièresQue la liberté absolue a un prix que personne n’avait calculé
SteffUn espace hors du monde ordinaireQue le désert ne fait pas de distinction entre ceux qui y entrent
Le groupeUne communauté provisoire contre la désolationQue la solidarité est la seule réponse au chaos

Un film qui reste gravé longtemps après

Sirāt est l’un de ces films dont on ressort en cherchant ses mots, pas parce qu’il est incompréhensible, mais parce qu’il a touché quelque chose qui n’a pas de vocabulaire immédiat. Oliver Laxe a construit une œuvre qui commence comme un road movie et finit comme une expérience limite, un film qui pose la question de ce qu’il reste de l’humain quand tout ce qui le définissait a été emporté par les poussières du désert. Pour les spectateurs qui attendent du cinéma qu’il les emmène là où ils n’auraient pas osé aller seuls, Sirāt est sur PlayVOD.

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FAQ : Sirāt

Qui est Oliver Laxe, le réalisateur du film ?

Oliver Laxe est un réalisateur franco-espagnol d’origine galicienne dont le travail est reconnu dans les plus grands festivals internationaux. Après Todos vosotros sois capitanes, Mimosas et O Que Arde, qui a remporté le Prix Un Certain Regard à Cannes 2019, Sirāt constitue son quatrième long-métrage et son entrée en compétition officielle pour la Palme d’or. Le film représente l’Espagne aux Oscars 2026.

À quel public ce film s’adresse-t-il ?

Sirāt s’adresse à un public adulte ouvert aux expériences de cinéma radicales et sensorielles. Son rythme contemplatif, son basculement brutal au milieu du film et son refus des résolutions narratives conventionnelles demandent une disponibilité particulière. Les amateurs de Tarkovski, de Mad Max et du cinéma de genre existentiel y trouveront une œuvre qui dialogue avec ces références tout en étant résolument singulière.

Quels thèmes principaux le film aborde-t-il ?

Sirāt explore la quête paternelle poussée jusqu’à ses limites, la transcendance collective dans la culture rave, la nature comme force de dépossession totale et la question de ce qu’il reste de l’humain quand tout s’effondre. Ces thèmes sont portés par un road movie qui bascule progressivement vers quelque chose qui dépasse les catégories habituelles du genre.

Pourquoi le film s’appelle-t-il Sirāt ?

Sirāt est un mot arabe qui signifie route ou chemin, et désigne plus précisément dans la tradition islamique le pont aussi fin qu’un cheveu qui sépare l’enfer du paradis. Sur ce pont, les âmes sont confrontées à leur vraie nature. Ce titre éclaire rétrospectivement tout le film : Sirāt est précisément ce pont, un espace de vérité où les personnages sont dépossédés de tout ce qui les protégeait de la question fondamentale.

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