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Pile ou face : quand l’Italie réinvente le western américain

Rosa n’attendait pas un sauveur. Elle a tiré la première. Pile ou face, western italien signé Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis, lance une cavale amoureuse à travers la campagne italienne du début du XXe siècle. Une héroïne rebelle, Buffalo Bill en poursuite, et PlayVOD pour tout voir.

Un duo de cinéastes au style reconnaissable

Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis forment l’un des tandems les plus singuliers du cinéma européen contemporain. Après le documentaire Il Solengo et le remarqué La Légende du roi Crabe, présenté à Cannes en 2021, ils reviennent avec Pile ou face, leur troisième long métrage, sélectionné dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025. Le western italien confirme leur fascination pour les marges, les fugitifs et les paysages qui avalent les hommes.

Leur démarche puise dans le patrimoine immatériel italien, les fables rurales, les fait-divers oubliés, pour les transfigurer en récits de genre. Avec ce western italien, ils franchissent un cap : celui du film de genre pleinement assumé, nourri de références aux spaghetti westerns de Sergio Leone et d’Enzo Barboni, mais habité d’une énergie propre et d’un regard résolument contemporain sur les rapports de pouvoir entre hommes et femmes.

Pile ou face place dès son affiche une femme au centre du cadre, là où le western plaçait toujours un homme et son cheval

Rosa, l’héroïne que le genre attendait

Nadia Tereszkiewicz incarne Rosa avec une force tranquille qui emporte tout sur son passage. Jeune épouse d’un noble despotique et violent, elle rêve de fuir l’Italie pour devenir actrice aux États-Unis. Quand son mari s’apprête à frapper une fois de trop, c’est elle qui tire. Pas Santino. Pas Buffalo Bill. Elle. Et c’est là que Pile ou face commence vraiment à exister comme une proposition de cinéma à part entière.

Cette héroïne rebelle n’est ni une victime qui s’émancipe ni une guerrière sans failles. Rosa est fougueuse, têtue, parfois naïve, toujours déterminée. La cavale amoureuse qu’elle entame avec Santino, joué par Alessandro Borghi dans un registre volontairement décalé, révèle très vite qui mène réellement la danse dans ce monde d’hommes où chacun prétend écrire le destin des autres. Santino est charmant, séduisant, et presque lâche. Rosa, elle, avance. Le western italien prend plaisir à inverser chaque figure attendue du genre, sans jamais sacrifier le rythme à ces renversements.

Buffalo Bill, mythe américain en territoire étranger

John C. Reilly campe un Buffalo Bill à la fois imposant et pathétique, prisonnier du spectacle qu’il a lui-même fabriqué. Au début du XXe siècle, son Wild West Show débarque en Italie pour vendre le mythe de la conquête de l’Ouest à un public européen fasciné. Rigo de Righi et Zoppis s’emparent de cette figure historique réelle pour en faire le moteur comique et tragique du récit : Buffalo Bill ne supporte pas que l’histoire lui échappe, et encore moins qu’une femme en soit l’auteure.

Ce personnage dit quelque chose de précis sur la fabrique des mythes historiques. Le western a toujours été une construction narrative au service d’une certaine idée de la virilité et de la conquête. En plaçant Buffalo Bill en position de chasseur grotesque lancé à la poursuite d’une cavale amoureuse qu’il n’a pas provoquée, le film démonte méticuleusement la mécanique de cette iconographie. Le stetson, le bandana, les bottes : tout y est, et tout sonne légèrement faux, comme un costume trop grand.

Les personnages de Pile ou face

PersonnageInterprèteRôle dans la cavaleRapport au mythe du western
RosaNadia TereszkiewiczVéritable moteur de la fuite, tueuse du mari despotiqueRenverse le mythe : c’est elle le héros
SantinoAlessandro BorghiAmant en cavale, faussement héroïqueFigure du cow-boy vidée de sa substance
Buffalo BillJohn C. ReillyPourchasseur obsédé par son propre récitIncarnation du mythe américain en déroute
Ercole RupèMirko ArtusoMari violent, déclencheur involontaire de la fuiteReprésente l’ordre patriarcal à abattre
Mr. RupèGianni GarkoPère du mort, commanditaire de la traqueLa loi des hommes face à la liberté des femmes

Un western féministe sans discours

Ce qui préserve Pile ou face de toute lourdeur militante, c’est son sens du rythme et de la comédie. Le film ne délivre pas de leçon : il raconte une histoire, et laisse les faits parler. Rosa gagne. Rosa décide. Rosa survit. Pas parce que le film le lui impose par idéologie, mais parce que c’est la logique naturelle de ce personnage dans ce récit. Cette légèreté de ton est l’une des qualités les plus précieuses de l’ensemble.

Dans Pile ou face, la nature italienne n’est pas un décor de carte postale : c’est un territoire à conquérir, et Rosa le traverse comme si elle l’avait toujours su

La mise en scène alterne les séquences de tension pure, chevauchées, attaques de train, duels, avec des moments d’un humour pince-sans-rire qui rappelle le meilleur du western spaghetti. La photographie de Simone D’Arcangelo saisit la campagne italienne avec un sens du grand format qui donne au film une ampleur visuelle inattendue pour une production de cette taille. Pile ou face prouve qu’on peut faire du grand cinéma de genre sans les moyens d’Hollywood.

Rosa a déjà gagné

Pile ou face ne cherche pas à réécrire l’histoire du western. Il s’y glisse, s’en empare, et le retourne comme un gant avec une désinvolture réjouissante. Rigo de Righi et Zoppis livrent un film d’aventure porté par une énergie rare, celle d’un cinéma qui croit encore au pouvoir des histoires simples racontées avec intelligence. La vraie conquête de l’Ouest américain, ici, c’est celle d’une femme qui refuse qu’on écrive sa vie à sa place.

FAQ : Pile ou face

Qui sont les réalisateurs de Pile ou face ?

Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis sont un duo de cinéastes italo-américains dont le cinéma s’ancre dans le patrimoine rural et les fables populaires italiennes. Pile ou face est leur troisième long métrage, après Il Solengo et La Légende du roi Crabe. Le film a été présenté en sélection officielle dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025.

Le film s’inspire-t-il de faits réels ?

Oui, en partie. Le personnage de Buffalo Bill est une figure historique réelle : William Frederick Cody a bien parcouru l’Europe avec son Wild West Show au début du XXe siècle. Le récit de Rosa et Santino s’inspire d’un fait divers de l’époque, retravaillé librement par les réalisateurs pour construire leur western féministe.

À quel public s’adresse Pile ou face ?

Le film s’adresse à un large public adulte, amateur de cinéma de genre, de western spaghetti ou de comédie d’aventure. Son ton mêle humour, action et féminisme sans jamais se prendre trop au sérieux, ce qui le rend accessible à des spectateurs peu habitués au cinéma d’auteur. Quelques scènes de violence restent à signaler pour un public très jeune.

Quel est le rôle de John C. Reilly dans le film ?

John C. Reilly incarne Buffalo Bill, grande figure historique de la conquête de l’Ouest américain, dont le personnage est ici traité avec un mélange d’imposture et de pathétisme. Son interprétation, construite en collaboration avec les réalisateurs, fait de Buffalo Bill un chasseur grotesque et obsédé par le contrôle de son propre mythe, incapable d’accepter qu’une femme en soit l’héroïne.

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