À Lisbonne envahie par les touristes, un adolescent tombe aux mains d’un ogre ayant pactisé avec le diable. L’Arbre de la connaissance, fable fantastique signée Eugène Green, transforme le tourisme de masse en matière horrifique avec une malice souveraine. Un conte pour adultes disponible sur PlayVOD.
Eugène Green oppose la beauté à la destruction
Eugène Green est un cinéaste américain installé en Europe depuis des décennies, dont l’œuvre inclassable occupe une place à part dans le cinéma d’auteur contemporain. Avec L’Arbre de la connaissance, son quatrième film tourné au Portugal, il poursuit une exploration de Lisbonne qu’il aime et défend contre ce qu’il perçoit comme une destruction progressive par le tourisme de masse et la standardisation culturelle. L’idée du film lui est venue en 2017, en se promenant dans le jardin du Campo Santa Clara, en voyant la ville se transformer sous ses yeux en parc d’attractions pour visiteurs étrangers.
Son cinéma convoque ici le conte médiéval, la fable picaresque et le roman d’apprentissage dans un mélange qui ne ressemble à rien d’autre dans le paysage contemporain. Green revendique un héritage rohmérien dans son rapport à la légèreté et à l’humour, mais il y ajoute une dimension métaphysique et une radicalité formelle qui lui sont entièrement propres. Faire un film fantastique est pour lui un acte de foi autant qu’un acte de colère, et L’Arbre de la connaissance porte ces deux dimensions avec une égale conviction.
Gaspar, un adolescent entre ogres et révélations
Gaspar est un adolescent lisboète interprété avec une justesse troublante par Rui Pedro Silva. Sa rencontre avec l’Ogre, joué par Diogo Dória dans un registre de présence sournoise particulièrement efficace, est le point de départ d’une quête initiatique qui va l’emmener bien au-delà du simple piège tendu par son ravisseur. Eugène Green utilise ce personnage comme le prisme à travers lequel le spectateur découvre un Lisbonne à deux visages : celui de la beauté immémoriale et celui de la corruption contemporaine.
La fuite de Gaspar avec un chien et une ânesse dont il va tomber amoureux est l’une des propositions narratives les plus audacieuses du film, assumée avec une désinvolture qui empêche toute condescendance. Green filme cette relation avec la même sérieux qu’il accorderait à n’importe quelle histoire d’amour, refusant de la traiter comme une bizarrerie ou un effet comique. Cette façon de prendre au pied de la lettre les conventions du conte merveilleux est l’une des signatures les plus reconnaissables de son cinéma.
Une fable fantastique contre le tourisme de masse
Le tourisme de masse dans L’Arbre de la connaissance n’est pas seulement une toile de fond : c’est le sujet central du film, traité comme une forme de mal absolu qui dévore les villes et les cultures. Les touristes que l’Ogre transforme en animaux pour les manger sont une métaphore transparente et délicieusement cruelle de la façon dont le tourisme de masse consomme les lieux sans les comprendre ni les respecter. Green ne cherche pas à nuancer cette vision : il l’assume avec la radicalité d’un moraliste qui préfère la clarté de la fable à l’équilibre convenu du débat.
Leonor Silveira, figure familière du cinéma de Manoel de Oliveira, incarne la sorcière du capitalisme avec une autorité cinglante qui donne au propos politique du film sa figure la plus mémorable. Cette personnification du mal consumériste en sorcière baroque est l’un des coups de génie visuels et thématiques du film, cohérent avec un univers où le merveilleux et la satire se nourrissent mutuellement sans jamais se contredire.
Personnages principaux
| Personnage | Interprète | Rôle dans le récit |
| Gaspar | Rui Pedro Silva | Adolescent lisboète en quête initiatique, cœur du film |
| L’Ogre | Diogo Dória | Homme ayant pactisé avec le diable, figure du mal consumériste |
| La sorcière capitaliste | Leonor Silveira | Personnification de la corruption par l’argent et le tourisme |
| L’ânesse | Personnage animal | Compagne de Gaspar, figure d’amour et de pureté |
| La reine Dona Maria | Personnage fantomatique | Figure historique hantant le château, gardienne de la mémoire |
PlayVOD pour un film vraiment à part
L’Arbre de la connaissance est exactement le type d’œuvre que l’on ne trouve pas dans les circuits classiques de distribution et que PlayVOD a le mérite de rendre accessible. La plateforme, disponible sur ordinateur ou encore smartphone Android, offre un cadre de visionnage sans interruption qui permet au film de déployer pleinement son atmosphère baroque et sa logique de conte sans que rien ne vienne en briser le sortilège. Pour une œuvre aussi singulière, les conditions de visionnage comptent vraiment.
Retrouver L’Arbre de la connaissance sur PlayVOD, c’est s’offrir l’accès à un cinéma qui fait le pari de l’étrangeté contre la standardisation, de la beauté artisanale contre les effets numériques et de la parole contre le spectacle. Un film qui prouve qu’il existe encore des cinéastes capables d’inventer des formes nouvelles pour dire des choses vraies sur le monde dans lequel nous vivons.
Ce que Lisbonne garde malgré tout
L’Arbre de la connaissance n’est pas un film pessimiste. Il croit en la beauté de Lisbonne et en la capacité de l’art à la défendre contre ceux qui voudraient la réduire à un produit touristique. Eugène Green oppose à la barbarie consumériste non pas la violence, mais la création, la poésie et l’amour, représentés par la bague bénie de saint Antoine que porte Gaspar. L’art comme seule arme efficace contre la laideur du monde, telle qu’il la met en scène avec une conviction et une grâce rares, est une proposition de cinéma qui redonne confiance dans le pouvoir du septième art à résister et à enchanter.
FAQ —L’Arbre de la connaissance
Qui est Eugène Green ?
Eugène Green est un cinéaste américain né en 1947, installé en Europe depuis les années 1970. Formé au théâtre baroque, il a développé un cinéma inclassable qui mêle rigueur formelle, spiritualité et humour décalé. Ses films les plus connus incluent La Religieuse portugaise, Le Fils de Joseph et Atarrabi et Mikelats. L’Arbre de la connaissance est son quatrième film tourné au Portugal, pays dont il est devenu l’un des défenseurs culturels les plus passionnés.
Faut-il connaître Lisbonne pour apprécier le film ?
Non. L’Arbre de la connaissance fonctionne comme une fable universelle accessible à tous, même à ceux qui n’ont jamais mis les pieds au Portugal. La ville de Lisbonne est un personnage à part entière du film, mais Eugène Green la présente avec suffisamment de soin pour que le spectateur comprenne immédiatement ce qui est en jeu. Les amateurs de Lisbonne y trouveront une résonance supplémentaire, mais le film se suffit à lui-même.
Le film est-il vraiment fantastique ou plutôt une comédie ?
L’Arbre de la connaissance résiste à toute classification simple. Il est à la fois une fable fantastique, une comédie satirique, un conte moral et un roman d’apprentissage. Cette hybridité est l’une des caractéristiques les plus déstabilisantes et les plus séduisantes du cinéma d’Eugène Green. Les spectateurs qui cherchent un genre clair pourraient être désorientés, mais ceux qui acceptent cette singularité y trouveront une expérience cinématographique unique.
Le film aborde-t-il directement la question du surtourisme ?
Oui, de façon centrale et sans détour. Eugène Green utilise la transformation des touristes en animaux comme métaphore explicite de la façon dont le tourisme de masse consomme les villes et les cultures sans les respecter. Cette prise de position radicale est assumée et revendiquée par le réalisateur, qui voit dans le surtourisme une forme de destruction culturelle aussi grave que n’importe quelle autre forme de barbarie contemporaine.